À la recherche de l’osmose dissonante
- Léa Chalmont-Faedo
- 17 sept. 2015
- 2 min de lecture

En 1996, la danseuse grecque Toula Limnaios et le compositeur Ralf R. Ollertz créent à Bruxelles leur propre compagnie de danse contemporaine. Un an plus tard, la cie. toula limnaios s’installe à la Halle Tanzbühne et devient vite une figure de proue de la danse contemporaine berlinoise. En spécialiste des états d'âme, Toula Limnaios explore angoisses et amours, peurs et désirs. Elle aspire à une sensibilité toute particulière du mouvement qui ne s'opère pas sans tension : l'effort est perceptible à chaque instant. Une sorte de pulsion de vie qui met en mouvement chacun des protagonistes.
Pour bien débuter la saison 2015/16, la cie toula limnaios, accompagnée par l’ensemble mosaik et de ses interprètes et compositions hétéroclites, propose Blind Date, première collaboration explosive (en reprise !). Une création qui jongle avec prouesse entre clameurs des corps et sons stridents, allant de la douleur visible au déchirement intérieur. Tous de noir vêtus, les huit musiciens dialoguent avec les huit danseurs, dans une atmosphère où la sensorialité musicale et l’expressivité corporelle ne font plus qu’un. Ils imposent ainsi au spectateur un retour sur lui-même, une remise en question de son être profond.
Sur une scène prise en sandwich par le public, les danseurs déplacent les musiciens tels des ingrédients, des instruments, au milieu d’un espace exploité dans son moindre recoin. Les seize artistes s’amusent à tester, à entretenir deux arts que tout unit mais que tout oppose aussi, et qui, surtout, jamais ne s’illustrent. Car selon Toula, « les mots, une fois prononcés, ne reflètent plus complètement notre pensée. La danse, elle, est une autre écriture, lecture non-verbale, qui atteint les sens, qui parle de l’être à l’être dans une communication directe. »

La pièce se compose de saynètes, commentées musicalement par l’ensemble, et laissant apparaître des pauses, des attitudes figées. Les danseurs et danseuses commencent par évoluer en file indienne ondulante, rappelant parfois Les Noces de Nijinska et la gracieuse pyramide formée par la mariée qui pose sa tête sur celles de ses amies. Puis, la troupe se divise. Un danseur se jette aux pieds d’une danseuse, qui tente de s’échapper de son socle. Les hauts du corps travaillent, les colonnes vertébrales se crispent, les omoplates se délient. La partition devient tonitruante, un pianiste rejoint l’ensemble. Tous les corps sautillants, en transe, se regroupent. Leurs mains, possédées, font le même mouvement de rejet. Par leur répétition, tentent-elles de traduire ou de repousser le tintamarre allant crescendo ? Essoufflés, les danseurs se calment pour finir en duos énigmatiques, éclairés à la lampe de poche par l’un/e des partenaires. Le/la danseur/se illuminé/e se dévoile dans son mètre carré d’espace. Contorsion physique, émotion à fleur de peau, la gestuelle est là pour faire transparaître une introspection. Curatrice ou dérangeante, telle est la question.
Plus d'infos :
Le trailer de Blind Date
Ensemble-mosaik.de Crédit Photos: Dieter Hartwig










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